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Chassés par les armes israéliennes, les habitants de Jénine retrouvent leurs maisons en ruines

Plus de 800 habitations ont été endommagées ou détruites lors des deux jours d’offensive israélienne 
Un homme assis au milieu des destructions dans le camp de réfugiés de Jénine après les deux jours d’offensive israélienne, le 5 juillet 2023 (DDP/Alejandro Ernesto via Reuters)
Par Fayha Shalash à RAMALLAH, Palestine occupée

Lana al-Shalabi s’est réveillée au son des bombardements lundi après minuit. 

Située au cœur du camp de réfugiés de Jénine, sa maison était proche des premières frappes aériennes lancées par l’armée israélienne au début de ses deux jours d’offensive sur cette ville de Cisjordanie occupée

Dans la panique et le chaos, elle et sa famille sont descendues dans la cave pour s’abriter. Mais bientôt, les bombardements et les tirs se sont rapprochés. Les soldats israéliens ont fait irruption dans la maison, ont contrôlé l’identité de tout le monde et les ont ramenés de force dans la cave. 

« Soudain, alors qu’on était entassés dans la cave, on a entendu des explosions », raconte Lana à Middle East Eye. 

« On s’est tous mis à pleurer, femmes et enfants. On avait l’impression que la maison allait s’effondrer sur nous. »

L’étage supérieur de la maison avait été bombardé sans avertissement, alors que la famille était piégée en bas. 

Dans l’horreur provoquée par les flammes et la fumée se dégageant des explosions, la famille a trouvé un moyen de quitter rapidement les lieux. 

Lana al-Shalabi a jeté un dernier regard à sa maison et l’a vue transformée en boule de feu, d’où s’échappaient des shrapnels. Puis les vitres ont explosé.

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« À ce moment-là, notre plus grande inquiétude était d’échapper à la mort. On voulait fuir dans un endroit sûr, avec [nos] enfants qui pleuraient tout le temps. On a marché avec d’autres familles derrière une ambulance, pour sortir du camp en toute sécurité », se rappelle-t-elle.

C’est une scène qu’ont vécue des milliers d’habitants du camp lors de l’offensive israélienne. 

Selon les autorités municipales, plus de 4 000 habitants ont été déplacés et 800 maisons ont été endommagées ou détruites. 

Pour beaucoup, le déplacement remémore les souvenirs amers de la Nakba, ou catastrophe : le nettoyage ethnique de la Palestine par les milices sionistes pour faire place à la création d’Israël en 1948.

Le camp de Jénine abrite près de 14 000 réfugiés dont beaucoup ont été chassés de leur patrie en 1948 ainsi que leurs descendants.

« Ce n’est pas parce qu’on était loin du camp qu’il était loin de nos cœurs », raconte Lana al-Shalabi. 

« On a continué à suivre ce qui se passait à l’intérieur et on a tenté de découvrir ce qui arrivait à notre maison, qui recèle des souvenirs inoubliables. » 

Questions difficiles 

Lana al-Shalabi a cherché refuge avec sa famille dans un hôpital de la ville, qui a ensuite été attaqué par l’armée israélienne, les contraignant à fuir une fois de plus, cette fois dans une ville proche de Jénine.

Alors qu’ils attendaient la fin du raid, sa petite sœur de 6 ans cherchait sans répit des réponses que sa famille n’avait pas. 

« Elle interrogeait ma mère à propos de ses jouets dans sa chambre et leur sort », relate Lana al-Shalabi. 

La maison de Lana al-Shalabi porte les cicatrices des frappes aériennes israéliennes (document fourni)
La maison de Lana al-Shalabi porte les cicatrices des frappes aériennes israéliennes (photo fournie)

Mardi soir, après deux jours d’attaques lourdes, les forces israéliennes se sont retirées de Jénine, laissant derrière elles la dévastation.

À son retour chez elle, Lana al-Shalabi a trouvé sa maison à moitié détruite, les murs effondrés et le mobilier brûlé. 

Les jouets de sa sœur étaient enfouis sous les décombres. 

« À cause de la gravité du bombardement, ma sœur avait laissé son chat à la maison. On ne sait pas ce qui lui est arrivé », précise-t-elle.

Piégés 26 heures

Enas Abahreh, Palestinienne handicapée qui vit avec sa famille dans un quartier surplombant le camp de Jénine, est rentrée chez ses frères et a trouvé la maison en ruines.

Au premier jour de l’attaque israélienne, des dizaines de soldats ont fait irruption dans l’immeuble où ils vivaient. 

Son frère, sa femme et leurs enfants – qui vivent au 2e étage – ont été amenés en bas dans son appartement au premier étage sous la menace des armes. 

« Les soldats ont interpellé mon frère, l’ont attaché et lui ont bandé les yeux », témoigne Enas à MEE.

« Puis ils les ont amenés dans notre appartement, verrouillé la porte et ont emporté les clés. Nous avons entendu leur voix dans le logement de mon frère au-dessus, sans savoir ce qu’ils y faisaient. »

Les deux familles, dont quatre enfants de moins de 6 ans, ont été piégées dans l’appartement pendant 26 heures.

« La plupart des rues ont été vandalisées et tous les véhicules ont été détruits par les blindés israéliens »

- Hassan al-Amouri, directeur des services publics dans le camp de Jénine

Ils n’entendaient que le bruit de forage et de perçage fait par les soldats israéliens à l’étage. 

Après avoir fait pression sur les soldats pour qu’ils laissent quelqu’un remonter afin d’apporter du lait aux enfants en pleurs, la belle-sœur d’Enas Abahreh a été choquée par la scène dont elle a été témoin.

Les soldats avaient fait des trous dans les murs pour y placer des fusils de sniper, prêts à tirer sur les combattants palestiniens. 

Lorsque l’armée s’est finalement retirée, Enas Abahreh a appris de ses voisins que cinq snipers étaient déployés dans la maison.

« Elle était détruite lorsqu’on est montés l’inspecter », déclare-t-elle. 

« Les tuiles avaient été retirées, les murs étaient ouverts et ornés de symboles hébreux, tous les meubles étaient retournés. On a trouvé des traces des soldats, notamment de la nourriture, de l’eau, des plans et des restes d’équipement médical », détaille-t-elle.

Les forces israéliennes ont creusé un trou de sniper dans le mur de la maison d’Enas Abahreh à Jénine (document fourni)
Les forces israéliennes ont creusé un trou de sniper dans le mur de la maison d’Enas Abahreh à Jénine (photo fournie)

Hassan al-Amouri, directeur des services publics dans le camp de Jénine, assure à MEE que l’ampleur des dommages est indescriptible.

Il indique que les réseaux d’eaux usées, d’eau et d’électricité sont « totalement détruits ».

« La plupart des rues ont été vandalisées et tous les véhicules ont été détruits par les blindés israéliens », poursuit-il. 

Si la majorité des familles déplacées sont rentrées chez elles dans le camp, certaines cherchaient encore des endroits où dormir mercredi soir, de nombreux bâtiments étant désormais inhabitables. 

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

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